Pour ce troisième épisode du podcast Banque & Assurance d’Accenture, Sophie Jacquemet-Richard (Senior Manager Finance, Risque et Conformité) échange avec Cécile André Leruste (Managing Director Financial Services en charge du secteur bancaire pour l’Europe) sur les moyens dont les banques disposent pour affronter une vague probable de NPL (non-performing loans) et l’impact que celle-ci aura sur le secteur bancaire.

(Temps d’écoute : 8 mn)

La transcription ci-dessous a été éditée pour en préserver la concision et la clarté.

Sophie Jacquemet-Richard : Bonjour, je suis Sophie Jacquemet-Richard, Senior Manager Finance, Risque et Conformité chez Accenture.  Dans ce nouvel épisode, nous allons aborder la façon dont les banques se préparent à affronter une vague probable de Non-performing Loans dès septembre 2020. Pour cela, je suis accompagnée de Cécile André Leruste.  

Cécile André Leruste :  Bonjour, je suis Cécile André Leruste, Managing Director Financial Services chez Accenture en charge du secteur bancaire pour l’Europe. J’ai été en charge il y a quelques années des financements structurés dans une banque. Je suis de très près les sujets de risques de crédits, notamment post-Covid 19.

S.J. : Au début du confinement on a assisté à une vague de renégociation de prêts garantis par les états, notamment en Allemagne, Espagne, Royaume-Unis, Italie et en France. En France, le dispositif de garantie de l’Etat s’élève à 300 milliards d’euros pour les prêts accordés par les banques. Mi-Juin, elles avaient déjà prêté 101 milliards d’euros.

La garantie de l’état s’élève à 110% du montant du prêt et jusqu’à 90% pour les plus petites PME. Ces prêts sont garantis sur une période de quelques mois à un an et il est probable qu’on assiste à un certain taux de défaut d’ici leurs échéances à partir de septembre 2020. Cela signifie que les banques envisagent qu’une partie des prêts ne sera pas remboursée. Comment les banques se sont-elles organisées pour accorder ces prêts garantis  ? 

C.A. : Elles se sont organisées sur 4 grands types d’actions :

  • D’abord sur le recentrage des actions front et back office : moins d’origination sur des prêts classiques, plus de prêts garantis par l’Etat et de renégociation. Les équipes bancaires ont démontré leur implication pour aider les entreprises pendant la crise. Les services administratifs ont même parfois fait du travail de front office ou de back office pour aider leurs collègues.
  • Deuxième action, la cession de portefeuille à des acteurs spécialisés. Depuis quelques années, les banques ont eu davantage recours à la cession de portefeuille, du fait des contraintes réglementaires. Et ce phénomène s’est accentué début 2020.
  • Troisième action, la mise en place de solutions de débordement vers des tiers. Cela permet de gérer les pics de charge, notamment ceux arrivés en mars, avril et mai et les nouveaux pics attendus à partir de septembre 2020. Des solutions de débordement ont été mises en place, soit pour des banques spécifiques, soit pour plusieurs banques en parallèle.
  • La quatrième action concerne l’utilisation de la donnée, pour accélérer les restructurations et anticiper les fragilités. Accenture a aidé un certain nombre de banques avec des partenaires comme nCino, Salesforce ou Google pour mettre en place rapidement des outils de négociation automatique en ligne.

S.J. :  Ces quatre actions ont-elles été uniformément adoptées selon les pays ou y a-t-il des spécificités géographiques ? 

C.A. : Il y’a bien sûr des spécificités géographiques. Le recentrage des équipes est une pratique homogène chez tous les acteurs. Cette pratique a permis de recourir en urgence à des collaborateurs clé et de répondre à des demandes de prêts.

Quant à la cession de portefeuille à des acteurs spécialisés, elle a été plus importante en Espagne et en Italie, avec des solutions au niveau des banques et des pays. Elle se développe récemment fortement en France.

Les solutions de débordement vers les tiers sont très présentes en Italie, car les banques italiennes ont développé cette expérience depuis la crise de 2008, ou elles avaient créé des « bad banks » comme en Espagne. Les banques américaines ont aussi beaucoup fait appel aux tiers pour gérer leurs débordements, tout en maitrisant les coûts.

Enfin l’utilisation de la donnée pour accélérer les restructurations a été répandue en Italie et en Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne a utilisé des solutions multifournisseurs pour proposer des parcours digitaux aux individus et aux PME qui souhaitaient des prêts. Les parcours incluaient la possibilité de faire une demande en ligne, interagir avec un chatbot, de recevoir une offre de prêt et de la signer en ligne. Actuellement nous voyons quelques acteurs italiens et espagnols utiliser des algorithmes d’anticipation des clients fragiles, afin de leur proposer de restructurer leurs dettes. A ce propos, on assiste à une réflexion à un niveau européen de création d’une structure de défaisance.

S.J. : Pour mettre en œuvre ces réponses, quels sont les accélérateurs qu’Accenture propose à ses clients ? 

C.A. : Nous proposons de recourir à l’IA, l’automatisation et la sous-traitance (business process outsourcing-BPO). Les démarches digitales permettent d’optimiser la valeur des Non-performing loans, dont des crédits douteux et les crédits en recouvrement. L’approche data analytics par exemple, permet à nos clients grâce à des algorithmes de repérer des clusters comportementaux au sein de leurs portefeuilles. Cela permet d’identifier la capacité de remboursement de chaque cluster. Ces algorithmes utilisent à la fois des données structurées et non structurées, des données de la banque et des données de l’extérieur. Nous avons également développé des algorithmes qui permettent d’estimer l’allocation des cas aux cabinets juridiques, en fonction de leur historique de recouvrement. Ce travail de clusterisation des Non-performing loans et des cabinets juridiques permet d’obtenir jusqu’à 15% de recouvrement en taux de recouvrement supérieurs.

S.J. : Connaitre ces clusters d’emprunteurs permet une gestion plus adaptée. Quels sont les autres bénéfices à retirer de la data analytics ? 

C.A. : Comme autres bénéfices on peut parler de l’optimisation des stratégies de recouvrement, du développement des simulations, les « what if », pour augmenter le taux de recouvrement, mais aussi la mise en place de tableaux de bord permettant la production en temps réel d’indicateurs opérationnels et de risques, des KPIs, des KRIs, relatifs aux NPL.

 S.J. : Tu évoquais l’automatisation, quels en sont les cas d’usage sur les NPLs ? 

C.A. : L’automatisation des back office et la standardisation du recouvrement, permet d’accélérer les processus et les rendre plus efficaces. Cela permet de réduire les efforts sur les activités à faible valeur ajoutée, et de réorienter les collaborateurs vers des contacts clients à plus forte valeur ajoutée.

S.J. : Accenture a accompagné les pionniers de la robotisation, quel enseignement en tirer pour l’automatisation de demain ?  

C.A. : L’automatisation doit être vue dans une optique d’écosystèmes, ainsi la gestion des collatéraux est facilitée au travers d’un nCino, qui lui-même se connecte au travers d’API au CRM Sales force mais aussi aux outils de back office. C’est dans cet écosystème que la gestion de la donnée devient clé et permet aux métiers de valoriser au mieux leurs actifs.

Ainsi, une gestion supérieure des Non-performing loans permettra de vendre les portefeuilles plus chers en cas de cession.

S.J. : Tu évoquais un troisième accélérateur proposé par Accenture, le BPO. Peux-tu nous en dire plus ? 

C.A. : En effet, il s’agit de la gestion pour compte de tiers, autrement appelée BPO (business process outsourcing). Nous avons pris en charge et même créer des back offices de gestion des NPL ex-nihilo pour un certain nombre de banques.

Dans ce cas nous nous adaptons aux besoins des clients : soit la sous-traitance de tous les Non-performing loans ou les cas de débordement d’activité.

Ce levier permet d’économiser entre 5 et 30% sur le coût de traitement en fonction de la localisation des équipes.

 S.J. Nous comprenons bien que l’afflux potentiel de NPL représente un risque de crédit. Mais ne peut-il pas être également porteur d’opportunité ? 

C.A. : Tout à fait ! Non seulement des opportunités pour les acteurs bancaires, mais aussi non bancaires. En ce qui concerne les acteurs non bancaires, nous avons notamment identifier quelques fintechs, qui apportent de la valeur, soit grâce à leur capacité ciblée d’intelligence artificielle, soit grâce à leur capacité de créer un écosystème sécurisé. Nous travaillons notamment avec une startup européenne pour sécuriser les données des actifs en utilisant la blockchain. Mais bien sûr aussi des opportunités pour les acteurs bancaires, monter des consortia pour gérer ensemble les NPL par exemple, au niveau d’un pays en suivant l’exemple espagnol et italien, voire au niveau européen. Il s’agirait ainsi de construire des plateformes communes, de gestion administrative des NPL, en solo ou en s’appuyant sur la création de « Bad Banks ».

S.J. : En conclusion, on retient que les banques se préparent à la vague potentielle de NPL. Via des solutions internes et externes, Accenture offre son accompagnement pour renforcer l’automatisation et l’utilisation de la donnée pour piloter les NPL plus efficacement et en améliorer le taux de recouvrement. Par ailleurs, Accenture peut intervenir comme sous-traitant et gérer administrativement les NPL pour le compte de ses clients.

C.A. : Les banques qui anticipent dès maintenant la vague des NPL et investissent dans la digitalisation de leurs plateformes et de leurs équipes de gestion, en collaboration, feront la différence en termes de création de valeur.

Vous avez des questions sur les Non-Performing Loans ? N’hésitez pas à contacter :

@Cecile André Leruste (Senior Managing Director, Europe Banking Lead)