Lors de notre 2ème épisode de l’Open Banking Forum le 19 mars dernier à Paris, nous avons partagé un état des lieux de la DSP2/Open Banking. Retour sur quatre messages clés à retenir.

  1. La mise en place de la DSP2 entre dans une période décisive

Le développement de l’Open Banking en Europe est accéléré par la règlementation DSP2 dont les exigences techniques (RTS) entreront en vigueur en Septembre 2019. Les banques se préparent au déploiement d’API qui pourront être utilisées par des tiers de l’écosystème pour agréger les données des comptes de leurs clients et initier des paiements à partir de leurs comptes.

Depuis le 14 mars, les banques européennes doivent avoir mis à disposition leurs environnements de tests et la documentation des API réglementaires. Il semble que 41% des banques n’ont pas tenu cette échéance.

Les banques qui souhaitent être exemptées de l’obligation de disposer d’une solution de repli (back-up) devront obtenir l’accord de leur régulateur local.

L’ABE a publié en Décembre des guidelines sur les conditions à remplir. On retiendra en particulier :

  • La nécessité pour les banques de démontrer l’implication des TPPs dans le test des interfaces et la prise en compte de leurs retours
  • La notion d’utilisation large (« wide usage ») qui porte non seulement sur le nombre de TPPs utilisateurs mais aussi sur l’intensité de leur utilisation des APIs

Toutefois les modalités précises ainsi que le calendrier dépendent d’un pays à l’autre. Pour la France, d’après le calendrier de l’ACPR, les banques concernées devront mettre à disposition leur API pour un usage étendu par les tiers pour mi-Avril au plus tard.

Les prochains mois s’annoncent donc particulièrement denses et seront particulièrement intéressants à suivre sur les points suivants :

  • Visibilité sur les options retenues par les différentes banques (standards retenus, options pour le SCA…)
  • Niveau d’alignement des différents acteurs sur l’interprétation des nouveaux standards
  • Réaction des TPPs sur l’adéquation des services exposés avec les objectifs de la DSP2
  • Changements de stratégie potentiels de certains acteurs vis-à-vis de l’exemption de mécanisme de repli faute de parvenir à satisfaire au calendrier
  1. Les initiatives Open Banking se multiplient

L’Open Banking est une tendance mondiale tirée à la fois par les régulateurs locaux (Ex : projets de lois en cours au Japon, Mexique ou Brésil) et des initiatives de marché (Ex : groupe de travail NACHA regroupant une centaine de banques sur la standardisation d’API).

L’Europe est une zone phare avec la réglementation Open Banking britannique d’une part et la DSP2 européenne d’autre part.

La réglementation Open Banking britannique est effective depuis 1 an mais n’a pas créé de raz de marée sur le marché. Ceci s’explique notamment par le fait que les banques ont été très focalisées sur la mise en conformité. Des offres plus innovantes sont toutefois en cours :

  • Lloyds a traité l’Open Banking comme une opportunité stratégique et explore le potentiel d’un business model de plateforme en distribuant les produits et services de tiers innovants
  • Barclays propose aux SMEs une offre différenciante de services non-bancaires (tableaux de bord, CRM, logistique…).

Le nombre important d’enregistrement d’acteurs auprès des autorités montre par ailleurs un intérêt réel des acteurs non bancaires, notamment sur des services à destination des PMEs, et il faut s’attendre à l’arrivée prochaine de nouvelles offres dans les prochains mois.

En Europe continentale, quelques approches sont à retenir (non exhaustif) :

  • En Espagne, Santander connecte son écosystème pour être en mesure de proposer rapidement de nouveaux services (ex : partenariat avec Raisin pour l’accès à la marketplace pan européenne de liquidités et dépôt). BBVA distribue des produits pour des prospects dans un objectif d’enrichir ses bases de données et de réintermédier une relation.
  • Au Benelux notamment, ING accélère l’innovation pour soutenir sa stratégie globale de plateforme. « Pour nous plateforme c’est l’écosystème, vertueux, circulaire » a commenté Olivier Guillaumond (Global Head of Fintechs d’ING)
  • La Deutsche Bank développe des cas d’usage différenciants pour les entreprises, comme par exemple le paiement des billets d’avion directement depuis les comptes bancaires des voyageurs mené en partenariat avec IATA

De plus en plus souvent, les banques concilient plusieurs modèles d’Open Banking (Bank as a service, Banks a platform, Marketplace…) tant pour tester les usages que pour multiplier les opportunités de revenus additionnels. C’est par exemple le cas de Starling Bank.

  1. L’Open Banking déploie un éventail de use cases

L’Open Banking s’inscrit au cœur des stratégies de plusieurs fintechs qui grâce à l’accès aux données bancaires en temps réel peuvent améliorer l’expérience client. On peut citer :

  • IBanFirst (plateforme de paiement internationaux et financement) qui grâce à l’agrégation de données peut réduire significativement le délai d’obtention d’un financement export de ses clients. Bientôt, ses clients n’auront plus besoin de virer eux-mêmes de l’argent sur leur compte Ibanfirst grâce au service d’initiation de paiement.
  • Shine : « Shine n’existe que grâce à l’open banking. » a commenté Nicolas Reboud (co-fondateur et CEO de Shine). En ouvrant ses API à des tiers, Shine Connect ouvre un gigantesque champ des possibles en connectant les comptes de ses clients indépendants aux apps qu’ils utilisent tous les jours.

Dans le domaine social, l’Open Banking trouve également sa place. Par exemple l’association Crésus développe un agrégateur de comptes enrichi de conseils en gestion budgétaire pour mieux évaluer la solvabilité des utilisateurs et faciliter l’accès au crédit des particuliers.

  1. La sécurité est un élément différentiateur

Ouvrir ses systèmes : oui, mais pas à n’importe quel prix. La sécurité est un enjeu majeur de l’Open Banking : c’est à la fois une exigence incontournable mais aussi un double élément de différenciation vis-à-vis des clients.

  • Confiance client :
    • Les utilisateurs sont très sensibles à leur sécurité et ont besoin d’être rassurés. Ainsi, en UK, 77% consommateurs sont inquiets quant au partage de leurs données financières avec des tiers.
    • Sur ce plan, les banques bénéficient a priori d’un capital confiance par rapport à d’autres acteurs. Il est bien sûr essentiel de ne pas le compromettre mais au-delà de cela le fait de ne pas se contenter de suivre les exigences réglementaires et de pouvoir mettre en avant une transparence vis-à-vis de l’utilisation des données et une sécurité de pointe devient un élément de différenciation réel.
  • Qualité de l’expérience client :
    • Les nouvelles technologies telles que la biométrie par exemple, permettent de fournir aux utilisateurs des expériences fluides sans compromis sur la sécurité.

Les uses case sont nombreux : la difficulté pour les acteurs sera davantage de composer l’offre de services cohérente, qui soit alignée avec leur stratégie et génératrice de profitabilité… et suffisamment vite pour marquer leur différence sur le marché.