Accompagnement de la transition énergétique, engagement pour une finance verte et prise en compte des nouveaux risques liés au réchauffement et aux aléas climatiques figurent aujourd’hui à l’agenda de la majeure partie des établissements bancaires…. Pour résister aux conséquences liées au réchauffement climatique, les banques doivent prendre les devants, intégrer dès à présent la question climatique dans leurs dispositifs de gestion des risques et se préparer à faire face aux exigences croissantes des superviseurs bancaires.

Cet article est le premier d’une série consacrée à l’impact du risque climatique sur le secteur bancaire, aux initiatives en matière de réglementation bancaire, au défi méthodologique de la mesure du risque climatique et sa nécessaire intégration dans le pilotage des risques.

Le réchauffement climatique est une source de changements structurels pour le secteur bancaire : la modification du climat fait apparaître de nouveaux risques physiques, économiques et les évolutions réglementaires visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre peuvent fortement déstabiliser certains secteurs… Ces effets combinés auront des implications majeures pour le secteur.

L’IMPACT DE LA QUESTION CLIMATIQUE SUR LE SECTEUR BANCAIRE

 Le risque de transition et le risque physique constituent les deux principales sources de risque climatique auxquelles sont confrontées les banques.

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Le risque physique se divise en deux catégories :

  • A court terme, il peut se matérialiser sous la forme d’événements et de désastres climatiques de grande ampleur (sécheresses, inondations, tempêtes…) et dont la fréquence et la magnitude pourraient s’accroitre dans le temps. Ce risque physique prend aussi la forme de transformations tendancielles de long terme (élévation du niveau des eaux et hausse de la température). Dans la première catégorie, on peut citer les épisodes de sècheresse en Suisse et en Allemagne en 2018 (la baisse du niveau du Rhin a amené à interrompre temporairement la circulation fluviale et l’impact a été directement visible sur le PIB allemand), les tempêtes (tempête Xynthia en France en 2010), les incendies en Australie (2019-2020) ou en Californie (2019 notamment). Ces événements peuvent théoriquement se traduire par une hausse des événements de défaut. La faillite de PG&E (Pacific Gas and Electric Co.) est à ce titre considérée comme la première faillite causée par le changement climatique.
  • Le risque physique peut également prendre la forme des effets induits par la hausse progressive de la température moyenne. Ce réchauffement pourrait avoir des effets macro-économiques majeurs (réduction du nombre d’heures de travail en raison des vagues de chaleur ou encore diminution des rendements agricoles…).

Le risque de transition, quant à lui, est lié à la transition vers des sources d’énergies dites  « décarbonées ». Cette transition s’effectue sous l’impulsion de différents facteurs :

  • Le changement technologique et la part croissante des énergies décarbonées dans la consommation globale en énergie
  • Des évolutions réglementaires venant pénaliser les énergies fossiles, renchérir le prix du carbone et amener à déprécier la valeur des actifs carbonés : l’objectif de limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C nécessitera de réduire fortement le rythme d’exploitation des énergies fossiles. Les sociétés qui les exploitent seront donc contraintes de considérer ces réserves d’énergie fossile comme des actifs bloqués. L’impact sera une dépréciation des investissements dans des activités carbonées, et un ajustement de la valorisation de ces sociétés.
  • La confiance des investisseurs ou consommateurs qui pourraient être amenés à modifier leurs comportements : report des décisions d’investissement en raison d’une incertitude sur le cadre réglementaire des énergies fossiles et renouvelables, désaffection de la part des consommateurs de certaines industries en raison de leur impact sur l’environnement…

Il est par ailleurs clair que le rythme auquel les réglementations visant à modifier le mix énergétique entreront en vigueur sera un facteur important : une transition abrupte n’aura pas le même impact sur le secteur qu’une transition lissée dans le temps.

La notion de risque de transition peut être élargie à d’autres types de risque qui peuvent venir s’intégrer dans une cartographie plus complète des risques encourus par les banques :

  • Le risque de réputation constitue un des premiers risques liés à la question climatique sur lequel se sont penchées les banques. L’impact environnemental des banques constitue aujourd’hui un enjeu en termes de communication. La majeure partie d’entre elles s’est fixée des ambitions en lien avec une transition vers une finance verte. Ne pas tenir ses engagements en la matière ou communiquer de manière biaisée ou incomplète présente un risque majeur pour la réputation d’un établissement.
  • Les banques pourraient également être exposées à un risque juridique : complicité de « greenwashing » si elles ont failli dans leur obligation d’identifier correctement les actifs dits « green » et « brown », ou de n’avoir pas contribué à l’effort de transition énergétique.

LA TRANSMISSION DU RISQUE CLIMATIQUE AU SECTEUR BANCAIRE

Selon une étude de l’ACPR, en France, environ 12% de l’encours total des banques françaises était exposé à des secteurs vulnérables au risque de transition. (ACPR – Le changement climatique : quels risques pour les banques et les assurances ?) Et environ 2,5% des actifs des établissements financiers français sont situés dans des zones géographiques moyennement ou fortement vulnérables au changement climatique.

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(Diagramme adapté de Bank of England)

Dans la seconde partie de cette série consacrée au risque climatique, nous dresserons un panorama des initiatives réglementaires en cours. Pour aller plus loin, n’hésitez pas à contacter l’équipe Risks & Compliance d’Accenture France :

@Jérémie Aynié  (Senior Manager, Risks & Compliance, Accenture France)