Accompagnement de la transition énergétique, engagement pour une finance verte et prise en compte des nouveaux risques liés au réchauffement et aux aléas climatiques figurent aujourd’hui à l’agenda de la majeure partie des établissements bancaires…. Pour résister aux conséquences liées au réchauffement climatique, les banques doivent prendre les devants, intégrer dès à présent la question climatique dans leurs dispositifs de gestion des risques et se préparer à faire face aux exigences croissantes des superviseurs bancaires.

Les échéances réglementaires en matière de risque climatique peuvent apparaître encore distantes (l’EBA ne se prononcera pas sur le traitement prudentiel des risques climatiques avant 2025), mais les banques doivent se mettre dès à présent en ordre de marche. La matérialité anticipée du risque climatique, la perspective des futures campagnes de stress-tests climatiques et les obligations de reporting renforcées à l’horizon 2022 constituent autant d’incitations à l’action. Nous préconisons une série d’actions pour démarrer sur la question climatique.

ANTICIPER LA MONTÉE EN CHARGE DES EXIGENCES DES SUPERVISEURS

[Cliquer sur l’image pour l’agrandir]

Les banques doivent se préparer au cours des prochaines années à de multiples consultations sur la question du risque climatique. Les exercices de stress-tests climatiques sont pour le moment uniquement menés au niveau national.

RÉFLECHIR À UN DISPOSITIF COMPLET AUTOUR DE LA QUESTION CLIMATIQUE

Pour les banques, la prise en compte du risque climatique constitue un des enjeux essentiels de la question climatique. Mais elles doivent également penser à intégrer, dans leur réflexion autour d’un dispositif climatique cible, toutes les évolutions (mise en place d’une taxonomie verte au niveau européen) et opportunités à venir (développement d’une « Green Finance »).

CHANGER DE PARADIGME EN MATIÈRE DE GOUVERNANCE

La question climatique a été initialement abordée sous l’angle de la responsabilité sociale et environnementale. Les banques les plus avancées en matière de gestion des risques climatiques ont déjà entamé la montée en compétence de leur fonction Risques, et anticipent donc déjà sur la possible introduction du risque climatique dans le dispositif de surveillance prudentielle.

INTÉGRER LA DIMENSION CLIMATIQUE DANS LE PILOTAGE DE L’ACTIVITÉ

La question climatique doit constituer un axe de pilotage de l’activité. Les obligations futures de déclaration en matière climatique nécessitent de disposer d’une vision claire de l’exposition réelle de la banque, avec un détail par type d’activités, maturité, concentration…

PRÉPARER LES QUESTIONS DE MODÉLISATION

Les banques doivent déjà commencer à travailler aux questions de modélisation du risque climatique. Le but est de pouvoir participer efficacement aux futures discussions de place, et de commencer à recenser les évolutions à mettre en place pour un suivi efficace des risques.

Les banques peuvent aussi commencer à s’interroger sur la prise en compte la notion climatique dans leurs modèles de risque de crédit, éventuellement sur la base de critères à dire d’expert.

COLLECTER ET FIABILISER LES DONNÉES

Les banques doivent travailler activement à enrichir et à fiabiliser leurs données. Le but est de pouvoir disposer d’une cartographie détaillée des actifs selon les axes permettant de répondre à la fois aux exigences de communication environnementale et aux besoins de pilotage des risques.

  • L’identification des clients exposés au risque de transition nécessite d’effectuer un recensement granulaire – allant potentiellement jusqu’ à l’identification de l’actif financé.
  • Les banques doivent également travailler plus finement sur la localisation géographique de leurs clients. L’exposition au risque physique n’est pas forcément homogène au sein d’un même pays, et il sera nécessaire de disposer d’une cartographie fine de la localisation des actifs physiques pour pouvoir la croiser avec celle des risques physiques. Le cas échéant, il sera nécessaire de renforcer le processus d’on-boarding des clients pour collecter ces données supplémentaires.

S’INSCRIRE DANS UNE RÉFLEXION GLOBALE SUR LA MODULARITÉ DU SI RISQUES

Les banques doivent s’assurer que l’architecture SI Risques leur permettra de répondre aux nouvelles demandes des superviseurs. Le risque climatique nécessitera de travailler sur des données granulaires, enrichies d’axes d’analyse complémentaire (localisation physique des clients et des actifs physiques éventuellement au moyen de coordonnées GPS, indicateur « green / brown »). Les banques doivent aussi disposer de la capacité à répondre aux demandes de production de stress tests climatiques, lesquels peuvent présenter des différences opératoires par rapport aux exercices de stress tests classiques.

Quelques lectures pour compléter le sujet :

  • BIS et Banque de France – The Green Swan Central Banking and Financial Stability in The Age of Climate Change (Patrick BOLTON – Morgan DESPRES – Luiz Awazu PEREIRA DA SILVA Frédéric SAMAMA – Romain SVARTZMAN) – Janvier 2020
  • Network for Greening the Financial System – First comprehensive report – A call for action – Climate change – as a source of financial risk – April 2019
  • Network for Greening the Financial System – Technical supplement to the First comprehensive report – Macroeconomic and financial stability – Implications of climate change – July 2019
  • EBA – EBA ACTION PLAN ON SUSTAINABLE FINANCE – December 2019
  • ACPR – Banque de France – French banking groups facing climate change-related risks – Analyses et Synthèses –101 – 2019
  • Bank of England – Prudential Regulation Authority – Supervisory Statement | SS3/19 – Enhancing banks’ and insurers’ approaches to managing the financial risks from climate change – April 2019
  • De Nederlandsche Bank – An energy transition stress test for the financial system of the Netherlands – Occasional Studies – 2018
  • United Nations – Environment Programm Finance Initiative – Extending our Horizons: Assessing Credit Risk and Opportunity in a Changing Climate – April 2018
  • United Nations – Environment Programm Finance Initiative – Navigating a New Climate: Assessing Credit Risk and Opportunity in a Changing Climate – July 2018

Ce post constitue le dernier d’une série de 4 articles sur le thème du risque climatique. Les trois premiers portaient sur l’impact du risque climatique sur le secteur bancaire, le panorama des initiatives réglementaires et  le défi méthodologique posé par la mesure du risque climatique.

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à contacter l’équipe Risks & Compliance d’Accenture  France : @Jérémie Aynié (Senior Manager, Risks & Compliance, Accenture France)